Health
Microbiote vaginal : en prendre soin, c'est surtout en faire moins
Le microbiote intestinal a eu droit aux livres, aux documentaires et au rayon kéfir. Son voisin vaginal, beaucoup moins. Il mérite pourtant qu'on s'y intéresse, ne serait-ce que pour arrêter de lui faire du tort.
Gel intime parfumé, lingettes « fraîcheur », douche vaginale vendue comme le comble de la propreté : le rayon hygiène féminine promet beaucoup. Sauf que le vagin n'a rien demandé. Il se nettoie seul, et la plupart de ces produits jouent plutôt contre lui.
Un écosystème qui tient grâce à son acidité
Un vagin en bonne santé n'est pas stérile, il est habité. Les bactéries dominantes y sont les lactobacilles. Selon le manuel MSD (édition professionnelle), elles produisent de l'acide lactique, qui fait baisser le pH et freine la croissance de nombreux germes. Résultat : un milieu acide, avec un pH généralement inférieur à 4,5.
Ce microbiote ne contient pas que des « bonnes » bactéries. Le champignon responsable de la mycose, Candida, y est naturellement présent, rappelle Santé.fr. Il ne pose problème que lorsqu'il prolifère anormalement. Tout est donc affaire d'équilibre.
Cet équilibre reste mal connu. En mai 2026, l'Institut Pasteur, l'Institut Pasteur de Lille et la Fondation PiLeJe ont lancé le projet Madeleine, qui prévoit d'analyser 210 échantillons de microbiote vaginal chez des grands-mères, des mères et leurs filles, pour comprendre comment il se transmet d'une génération à l'autre. Le communiqué parle d'un sujet « largement méconnu ». On ne saurait mieux dire.
Quand l'équilibre se rompt : vaginose ou mycose
Quand les lactobacilles reculent et que d'autres bactéries prennent leur place, on parle de vaginose bactérienne. C'est une affection courante, selon le manuel MSD. Son signe le plus reconnaissable : des pertes fluides, grises ou jaune-vert, à forte odeur de poisson, qui peut s'accentuer après les rapports ou pendant les règles.
La mycose est une autre histoire : des pertes blanchâtres et épaisses, comme du lait caillé, avec démangeaisons et brûlures, décrit l'Assurance maladie.
Ce qui fait basculer l'équilibre est souvent banal. Les antibiotiques détruisent parfois des germes bénéfiques de la flore vaginale, selon Ameli, et Santé.fr note que la mycose est souvent favorisée par leur prise. Les variations hormonales autour des règles, la grossesse ou la ménopause peuvent faire remonter le pH, tout comme le sperme ou les spermicides, d'après le manuel MSD grand public. Et puis il y a ce qu'on fait soi-même, avec les meilleures intentions.
La meilleure routine intime tient en trois gestes
Les consignes de l'Assurance maladie sont d'une sobriété réjouissante. Une toilette par jour, éventuellement deux pendant les règles. Un savon doux, sans parfum, au pH neutre, sur la vulve uniquement, puis un rinçage à l'eau claire et un séchage en tamponnant. Pas de gant de toilette, qui peut abriter des germes.
Côté interdits, la liste est courte mais ferme : on ne savonne pas l'intérieur du vagin et on ne fait pas de douches vaginales, qui détruisent la flore normale. Ameli déconseille aussi les antiseptiques moussants, les produits d'hygiène intime parfumés, les lingettes humides parfumées et les protège-slips. Les sous-vêtements en coton, changés chaque jour, sont préférés au synthétique.
Inutile, donc, de chercher à effacer toute trace de sécrétions : c'est grâce à elles que le vagin s'auto-nettoie, rappelle Ameli. Ce qui doit alerter, ce sont des pertes d'aspect ou d'odeur inhabituels : elles justifient une consultation.
Probiotiques et automédication : prudence
Les probiotiques « spécial flore intime » remplissent les rayons des pharmacies. Les preuves, elles, restent minces. La revue Cochrane consacrée aux probiotiques dans le traitement de la vaginose, qui ne portait que sur quatre essais (ses recherches s'arrêtaient en 2008), concluait que les données ne permettaient ni de les recommander ni de les déconseiller. Les sources officielles consultées, Ameli et le manuel MSD, ne les mentionnent pas parmi les traitements. Mieux vaut en parler à un professionnel avant d'en faire une cure.
Pour la mycose, l'automédication est possible quand on en connaît les symptômes pour en avoir déjà eu une : des ovules ou comprimés antifongiques sont disponibles sans ordonnance, avec le conseil du pharmacien, explique Ameli. En cas de doute, de grossesse ou de maladie chronique comme le diabète, on consulte. Et pour une raison simple : la vaginose bactérienne se traite par antibiotiques, selon le manuel MSD, pas par antifongiques. Se soigner à l'aveugle peut donc faire perdre du temps.
Le microbiote vaginal n'a besoin ni de parfum ni de rituel. Il demande surtout qu'on le laisse travailler.
Sources : Assurance maladie (Ameli), Manuel MSD (éditions grand public et professionnelle), Santé.fr, Institut Pasteur, revue Cochrane.
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