Health
Douleur des femmes : la banalisation, un sujet de santé publique
Le 19 octobre 2026, les États généraux de la douleur des femmes ont présenté 33 recommandations. Pourquoi la douleur des femmes reste-t-elle minimisée, et qu'est-ce qui pourrait changer ?
« C'est normal d'avoir mal. » La phrase accompagne beaucoup de femmes depuis l'adolescence : pour des règles qui clouent au lit, puis pour des rapports douloureux, un accouchement, une douleur qui s'installe et ne repart pas. À force, elle finit par faire passer l'endurance pour une qualité féminine. Supporter devient la norme, consulter devient l'exception.
Sauf que le sujet est en train de changer de statut. Le 19 octobre 2026, lors d'un colloque organisé au ministère de la Santé à l'occasion de la Journée mondiale contre la douleur, les États généraux de la douleur des femmes ont présenté 33 recommandations pour faire évoluer la prise en charge en France, rapporte Le Quotidien du médecin.
Pourquoi la douleur des femmes est-elle minimisée ?
La banalisation s'appuie sur de vieilles représentations : les nerfs, les cycles, une sensibilité supposée plus grande. Les experts des États généraux pointent des biais et des stéréotypes, chez les soignants comme dans le reste de la société. Et leurs effets sont très concrets. Une douleur jugée « normale » est moins explorée, ses symptômes sont plus facilement mis sur le compte du stress ou de l'intime, et le diagnostic arrive plus tard.
L'endométriose en est l'exemple le plus connu. Elle toucherait environ une femme sur dix en France, et le délai moyen pour obtenir un diagnostic est de 7 ans, selon le gouvernement. L'Inserm évoque même un délai de 10 ans en moyenne, d'après des résultats préliminaires portant sur plus de 5 500 patientes. Deux chiffres différents, une même réalité : des années à entendre que « ça va passer ».
Endométriose, douleurs chroniques : bien au-delà des règles
Réduire le sujet à la gynécologie serait une erreur. Au lancement de la démarche, le comité d'experts citait aussi la fibromyalgie, la migraine chronique ou les maladies cardiaques parmi les situations où les femmes connaissent des années d'errance médicale, rapportait Infirmiers.com.
Et la douleur chronique n'a rien de marginal : selon l'Académie nationale de médecine, elle concerne près de 20 millions de Français, soit environ 30 % de la population adulte (rapport de 2018).
Quel est le coût d'une douleur mal prise en charge ?
Pour les femmes concernées, la banalisation se traduit d'abord par une errance diagnostique et des consultations répétées pour la même douleur. Viennent ensuite les arrêts de travail, ou le présentéisme, c'est-à-dire travailler malgré la douleur. Parfois, maintenir une activité professionnelle devient difficile. Et une partie de la charge retombe sur les proches.
Le coût est donc sanitaire, mais aussi social et économique. Pour un sujet qui concerne plus de la moitié de la population, ce n'est pas un détail.
Que sont les États généraux de la douleur des femmes ?
La démarche a démarré le 20 octobre 2025 avec l'ouverture d'une plateforme de témoignages, douleurdesfemmes.com. Elle est portée par un comité d'experts pluridisciplinaire de douze membres, parmi lesquels des médecins de la Société française d'étude et de traitement de la douleur (SFETD), une sociologue, une historienne et trois anciens ministres de la Santé, selon le communiqué de lancement.
En un an, plus de 600 témoignages ont été recueillis, selon l'URPS Médecins libéraux Nouvelle-Aquitaine, complétés par des enquêtes nationales auprès du grand public et des professionnels de santé, et par des comités régionaux. De quoi nourrir un livre blanc et ses 33 recommandations.
Que contiennent les 33 recommandations ?
Elles s'articulent autour de quatre grands chantiers, selon Le Quotidien du médecin : la reconnaissance de la douleur des femmes, la formation des professionnels de santé, la recherche et l'organisation des parcours de soins. Le journal note que leur niveau d'ambition varie d'une mesure à l'autre.
Pour la première fois, la douleur des femmes est traitée comme un sujet de santé publique à part entière. Reste à savoir combien de ces recommandations passeront du livre blanc aux cabinets médicaux.
Quand consulter pour une douleur qui dure ?
En attendant, un réflexe simple : une douleur qui revient, qui empêche de vivre normalement ou qui inquiète mérite d'être évoquée avec son médecin. Pour les douleurs chroniques, la Haute Autorité de santé a défini un parcours de soins en trois niveaux. Le médecin traitant assure la première évaluation et le suivi. Il peut orienter si besoin vers une structure spécialisée douleur chronique (SDC), puis, pour les situations les plus complexes, vers un centre d'évaluation et de traitement de la douleur.
Avoir mal n'a jamais été un trait de caractère.
FAQ : douleur des femmes
Est-ce normal d'avoir mal pendant ses règles ?
Une douleur qui revient, qui empêche de vivre normalement ou qui inquiète ne doit pas être banalisée : elle mérite d'être évoquée avec son médecin.
Combien de temps faut-il pour diagnostiquer une endométriose ?
En moyenne 7 ans selon le gouvernement, et 10 ans selon des résultats préliminaires de l'Inserm portant sur plus de 5 500 patientes.
Que sont les États généraux de la douleur des femmes ?
Une démarche lancée le 20 octobre 2025 par un comité d'experts pluridisciplinaire. Après un an de témoignages, d'enquêtes et de comités régionaux, elle a présenté 33 recommandations le 19 octobre 2026 au ministère de la Santé.
Où consulter pour une douleur chronique ?
D'abord auprès de son médecin traitant, qui assure la première évaluation et peut orienter si besoin vers une structure spécialisée douleur chronique (SDC), selon le parcours défini par la HAS.
À lire aussi
Non, « avoir mal » n’est pas toujours normal
Les phrases qu'on ne veut plus entendre sur la santé des femmes
Endo-belly : la trend TikTok qui décomplexe le ballonnement de l'endométriose
Sources : Le Quotidien du médecin ; URPS Médecins libéraux Nouvelle-Aquitaine ; Infirmiers.com ; États généraux de la douleur des femmes (communiqué de lancement) ; gouvernement (info.gouv.fr) ; Inserm ; Académie nationale de médecine ; Haute Autorité de santé (via Santé.fr) ; ministère de la Santé.
Publié le par Julie