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Jeûne intermittent pour les femmes : faut-il vraiment le caler sur son cycle ?

Sur les réseaux, le jeûne intermittent version féminine a désormais son mode d'emploi : 16/8 en début de cycle, pause avant les règles. Une règle séduisante. Reste à savoir sur quelles études elle repose.

Jeûne intermittent pour les femmes : faut-il vraiment le caler sur son cycle ?

Le principe du jeûne intermittent tient en une phrase : manger dans une fenêtre de temps réduite (huit heures dans le fameux 16/8) ou alterner des jours de forte restriction et des jours normaux (le 5:2). Les promesses, elles, tiennent en beaucoup plus : minceur, énergie, longévité. Et depuis peu, une variante « spéciale femmes » qui demande de jeûner selon la phase du cycle. Sauf que les données sont bien plus maigres que les fenêtres de repas.

Côté perte de poids, pas de miracle

Commençons par la promesse la plus répandue. L'Inserm a passé en revue les essais disponibles : les régimes intermittents ne font pas mieux que les autres. Dans un essai cité, mené sur 12 mois auprès de personnes en situation d'obésité, les pertes de poids moyennes étaient comparables d'un groupe à l'autre, autour de 5 à 6,6 kg. L'Inserm conclut qu'il ne s'agit pas de « régimes miracles », et que l'adhésion sur le long terme reste faible, comme pour tous les régimes.

Sur les autres bénéfices, Santé.fr reste tout aussi prudent. Le site s'intéresse au jeûne « circadien », qui consiste à ne rien manger 14 à 16 heures par jour : il pourrait réduire la pression artérielle ou le taux d'insuline dans le sang, mais ces résultats sont jugés « très controversés », et les études bien menées chez l'humain manquent. Le site rappelle aussi que la faim peut perturber le sommeil et que la pratique nuit à la vie sociale.

Le corps des femmes et la restriction : un lien réel, mais pas celui qu'on croit

Il existe bien un mécanisme connu qui relie alimentation et cycle. Quand l'apport d'énergie est insuffisant, par restriction alimentaire, dénutrition ou exercice intense, l'hypothalamus peut réduire sa production de GnRH, l'hormone qui commande à l'hypophyse de libérer la LH et la FSH, puis aux ovaires de fonctionner, explique le manuel MSD. Les règles peuvent alors s'arrêter : c'est l'aménorrhée hypothalamique. L'Assurance maladie la décrit chez les sportives dont l'alimentation ne couvre pas la dépense, ou dans l'anorexie mentale, et précise que ces anomalies sont réversibles, même si elles peuvent nécessiter une prise en charge médicale.

Ce mécanisme concerne un déficit énergétique, pas l'horaire du dîner. Est-ce que le jeûne intermittent, en lui-même, dérègle les cycles ? Une revue publiée en 2022 dans la revue Nutrients par Sofia Cienfuegos, Krista Varady et leurs collègues, a rassemblé les essais humains sur le jeûne et les hormones reproductives. Il n'y en avait que sept, dont trois chez des femmes, avec de petits effectifs. Aucun ne rendait compte du cycle menstruel, et on ne sait pas si le jour du cycle était pris en compte. La revue évoque aussi une étude chez de très jeunes rats, dont le cycle était perturbé par le jeûne : les auteurs la jugent non transposable aux femmes adultes. Leur conclusion tient en une phrase : « it is difficult to draw solid conclusions at present ».

Quelques signaux existent tout de même. Chez des femmes atteintes du SOPK (syndrome des ovaires polykystiques), deux petits essais ont observé une baisse des marqueurs d'androgènes quand les repas étaient concentrés plus tôt dans la journée. Pour les femmes ménopausées, en revanche, la revue ne recense aucune étude.

Un 16/8 en phase folliculaire, une pause en phase lutéale ?

C'est le cœur de la méthode « adaptée au cycle » : jeûner davantage en première moitié de cycle, lever le pied avant les règles. L'idée a l'air de bon sens. Mais aucune des sources consultées, ni la revue de 2022, ni l'Inserm, ni Santé.fr, n'évalue un jeûne calé sur les phases du cycle. Présentée comme une règle physiologique, la méthode va donc plus loin que les données. Écouter sa faim, en revanche, n'a jamais nécessité de protocole.

Les situations où l'on s'abstient, et les signaux qui doivent faire arrêter

Santé.fr est clair sur le jeûne circadien : les femmes enceintes ou qui allaitent et les personnes anorexiques ou boulimiques ne devraient jamais le pratiquer, et chez les personnes diabétiques, sauter un repas nuit au contrôle de la glycémie. Il ne s'adresse qu'aux adultes en bonne santé, et le site recommande qu'un jeûne occasionnel se fasse sous contrôle médical.

Pour les autres, quelques signaux méritent d'être pris au sérieux plutôt que surmontés à force de volonté. Des règles qui s'espacent ou disparaissent : au-delà de trois mois sans règles hors grossesse, Ameli conseille de consulter. Un sommeil qui se dégrade, que Santé.fr cite parmi les effets possibles de la faim. Et des pensées qui tournent de plus en plus autour de la nourriture : dans ce cas, le bon interlocuteur est un médecin, pas une nouvelle appli de suivi.

Le jeûne intermittent n'est ni un poison pour les hormones féminines ni un secret de longévité réservé aux initiées. C'est une façon d'organiser ses repas parmi d'autres, encore peu étudiée chez les femmes. Peut-être la seule fenêtre qu'il faudrait vraiment élargir : celle de la recherche.

Sources : Inserm, Santé.fr, Assurance maladie (Ameli), Manuel MSD, Cienfuegos et al., Nutrients, 2022.

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