Le Filtre

Chronique

Test : êtes-vous une éponge émotionnelle ou un penseur?

Test empathie : êtes-vous une éponge émotionnelle ou un penseur ? Inspiré des travaux de la psychiatre Judith Orloff, ce test situe chacun sur l'échelle de la sensibilité. Décryptage d'une notion devenue identité revendiquée, entre vraie hypersensibilité et posture valorisante.

Test : êtes-vous une éponge émotionnelle ou un penseur?

Le test qui range la sensibilité en catégories

Êtes-vous une « éponge émotionnelle » ou un « penseur » ? Le test, élaboré autour des travaux de la psychiatre Judith Orloff, propose de situer chacun sur une échelle de l'empathie. Médecin à l'UCLA et autrice à succès, Orloff a popularisé l'idée que certains, les « empaths », ne se contentent pas de ressentir les émotions des autres, ils les absorbent. Judith Orloff décrit ces personnes comme des instruments d'une sensibilité extrême, submergées par les ambiances et les foules. On note le glissement, une notion clinique, la haute sensibilité, devenue grille de lecture grand public, déclinée en quiz. Se savoir « éponge » ou « penseur » est devenu une manière de se comprendre, et de l'annoncer aux autres.

Quatre styles d'empathie, et un mot devenu identité

La théorie distingue plusieurs profils. Psychology Today relaie la typologie d'Orloff, quatre styles d'empathie, cognitive, émotionnelle, somatique et intuitive, qui décrivent la façon dont on capte les émotions. Judith Orloff invite chacun à identifier son « type émotionnel » pour mieux se protéger. Ce qui frappe, c'est l'usage social de ces catégories. Le mot « empath », longtemps cantonné aux cercles de psychologie, est devenu une identité revendiquée, affichée sur les réseaux comme un trait de caractère valorisant. Dire « je suis une éponge émotionnelle », c'est se présenter comme sensible, attentif, profond. La science de la sensibilité s'est muée en marqueur de personnalité, et le test en outil de présentation de soi.

Ce que l'étiquette « empath » fait gagner, et masquer

Le paradoxe est là. Nommer sa sensibilité peut aider à poser des limites, mais l'étiquette a un revers. Ce qui coince, c'est que la notion d'« empath », floue et non reconnue comme diagnostic, sert parfois à esthétiser la fragilité, voire à justifier le retrait ou l'évitement, « je suis trop sensible pour ça ». La frontière entre une vraie hypersensibilité, réelle et documentée, et une posture valorisante devient mince. Orloff elle-même insiste sur la nécessité de s'ancrer et de se protéger, pas de s'enfermer dans le rôle. Le risque du test, c'est de réduire une nuance de tempérament à une case identitaire rassurante, qui explique tout et n'engage à rien. Se dire « éponge » console ; cela ne dispense pas de se confronter au monde.

Pourquoi l'époque se passionne pour ses propres émotions

Reste à comprendre cet engouement. Le test de l'empathie rejoint la vague des outils, archétypes, types de personnalité, profils d'attachement, par lesquels une génération cherche à se décoder. Pas anodin que la sensibilité, longtemps perçue comme une faiblesse, soit aujourd'hui revendiquée comme une force, au point de devenir un sujet de quiz. Cette attention portée à nos émotions traduit un vrai progrès, on ose en parler, mais elle frôle parfois le nombrilisme, quand se connaître devient une fin en soi. La question n'est pas de savoir si l'on est éponge ou penseur, nous sommes un peu des deux, mais ce que l'on fait de cette sensibilité une fois nommée. Le test ouvre une porte ; à chacun de ne pas s'y arrêter. Pour continuer à se découvrir, on file vers le test des archétypes féminins de Jung ou le Women Health Summit. À suivre, émotion après émotion.

Publié le par Le Filtre

À lire aussi sur Le Filtre