Chronique
Héroïne, chasseresse ou amante : quel est votre archétype féminin ?
Archétypes féminins : héroïne, chasseresse ou amante, lequel sommeille en vous ? Le test viral ressuscite une idée de Carl Jung et ses douze figures de l'inconscient. Décryptage d'un phénomène qui doit son succès au confort de se voir nommée, plus qu'à sa validité scientifique.
Le test d'archétypes qui a remis Jung au goût du jour
Héroïne, chasseresse, amante, déesse : lequel de ces archétypes sommeille en vous ? La question, déclinée en test viral, ramène sur le devant de la scène une vieille idée signée Carl Jung. Le psychiatre suisse, pionnier de la psychologie des profondeurs, postulait l'existence d'archétypes, figures universelles logées dans un « inconscient collectif » commun à toute l'humanité. Nos Pensées rappelle qu'il en a identifié douze, des moules de comportement gravés dans la psyché. On note le retour en grâce d'un concept centenaire, repackagé en quiz à partager. Connaître son archétype, ses parts d'ombre et de lumière, est devenu un passe-temps de réseau social autant qu'une promesse de connaissance de soi.
De l'inconscient collectif au quiz à partager
La théorie a une histoire savante. Medfeminiswiya rappelle comment les archétypes féminins, souvent adossés aux déesses grecques, Artémis la chasseresse, Athéna la stratège, Aphrodite l'amante, ont servi à penser des modèles de personnalité. Un art de vivre en propose une lecture contemporaine, tournée vers le développement personnel. Ce qui frappe, c'est la transformation d'un outil clinique en contenu grand public. Là où Jung élaborait une grille d'analyse complexe, les réseaux en tirent un test ludique, chaque archétype assorti d'une jolie illustration et d'une vérité censée nous concerner. La psychologie des profondeurs s'est muée en jeu de société, et c'est précisément ce qui fait son succès, elle parle de soi, en quelques clics.
Ce que le succès des archétypes doit à un vieux biais
Le paradoxe est là. Ces tests séduisent parce qu'ils semblent nous révéler, mais leur efficacité repose en partie sur un mécanisme connu, l'effet Barnum. Ce qui coince, c'est que des descriptions assez vagues, « curieuse mais vulnérable », « déterminée mais sensible », s'appliquent à presque tout le monde, et que chacun s'y reconnaît justement parce qu'elles n'engagent à rien. Le plaisir du test tient moins à sa validité scientifique qu'au confort de se voir nommée, classée, rassurée. Jung lui-même n'a jamais conçu ses archétypes comme des cases de quiz. Réduits à un résultat partageable, ils flattent le besoin de se définir plus qu'ils n'éclairent vraiment. La connaissance de soi promise est, le plus souvent, un miroir complaisant.
Pourquoi on n'en finit pas de vouloir se mettre en cases
Reste à comprendre cet appétit. Les tests d'archétypes rejoignent la longue série des outils, du MBTI à l'ennéagramme, par lesquels une époque cherche à se ranger dans des catégories rassurantes. Pas anodin que cette quête explose au temps des réseaux, où se définir, c'est aussi se présenter aux autres. Le test devient une carte d'identité ludique, un moyen de dire qui l'on est sans avoir à le démontrer. La question n'est pas de savoir si ces archétypes disent vrai, ils disent surtout ce qu'on veut entendre, mais pourquoi nous avons tant besoin qu'on nous explique à nous-mêmes. Se découvrir « chasseresse » ou « amante » rassure ; comprendre vraiment qui l'on est demande autrement plus que douze cases. Pour continuer à se sonder, on peut se demander si l'on est éponge émotionnelle ou penseur ou piocher dans notre sélection de livres de développement personnel. À suivre, test après test.
Crédit : New York Times
Publié le par Le Filtre