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La cantine pop de Ganni au coeur de la culture d’entreprise
Cantine d'entreprise : au siège danois de Ganni, une cheffe orchestre chaque jour des déjeuners colorés et durables pour cent salariés. Le repas n'est plus une pause, c'est un outil de culture, d'image et de rétention. Décryptage d'une mode où l'assiette devient un levier de management.
Quand le déjeuner devient un outil de management
Au siège de Ganni, la marque de mode danoise, le déjeuner n'est pas une pause, c'est un projet. Dans une cuisine professionnelle installée en 2021, la cheffe Eva Hurtigkarl orchestre chaque jour des repas pour plus de cent salariés, colorés, locaux, en grande partie végétaux. Hannah Tappin est allée observer cette cantine d'entreprise devenue une vitrine de l'éthique maison, où les restes ne se jettent pas mais se réinventent. Sur Instagram, les assiettes de Ganni circulent comme des objets de désir, prolongeant l'ADN joyeux de la marque jusque dans la pause déjeuner. On note le glissement, nourrir ses équipes n'est plus une simple obligation logistique, c'est devenu un geste de marque, soigné comme une collection.
Du réfectoire utilitaire à l'argument de culture d'entreprise
Le phénomène dépasse une seule marque. Raconteur documente comment la nourriture au travail est devenue un levier de culture d'entreprise, capable de souder des équipes et de dire les valeurs d'une boîte mieux qu'un séminaire. La cheffe de Ganni, Eva Hurtigkarl, et sa collègue Mia Verson traduisent dans l'assiette le credo du studio, fraîcheur, saison, zéro gaspillage. KTCHNrebel va plus loin, plaidant pour que la cantine devienne le cœur battant de l'entreprise, pas un coin réchauffé en sous-sol. Ce qui frappe, c'est le renversement de hiérarchie, le repas, longtemps relégué au rang de détail, monte au niveau de la stratégie. Une étude du magazine T du New York Times soulignait déjà l'effet des déjeuners d'équipe sur la créativité. La recette tient en une équation simple, des plats inspirants plus une table commune égalent une cohésion démultipliée.
La table commune, perk généreux ou douce manière de retenir
Le paradoxe est là. Offrir un déjeuner sain et gratuit relève de l'attention sincère, mais cela sert aussi l'entreprise. Ce qui coince, c'est qu'une cantine désirable est aussi une raison de rester au bureau, de prolonger la journée, de ne pas s'éclipser. À l'heure du télétravail, nourrir ses équipes avec soin est devenu, pour beaucoup de sociétés, un argument pour les faire revenir sur site. Le repas-cadeau a un revers, il efface un peu la frontière entre la sollicitude et la stratégie de présence. La générosité est réelle ; elle n'est jamais tout à fait désintéressée. Une belle table retient autant qu'elle remercie.
Ce que l'assiette dit du nouveau visage du bureau
Reste à voir jusqu'où ira cette mode. La nourriture est devenue l'un des terrains où se joue l'attractivité des entreprises, au même titre que le salaire ou la flexibilité. Pas anodin que des marques de mode, expertes en désir, soient parmi les premières à esthétiser leur cantine : elles savent qu'un environnement enviable se photographie et se raconte. La question n'est pas de savoir si bien manger au travail fait du bien, c'est évident, mais si ces cantines de rêve traduisent un vrai soin porté aux salariés, ou un nouvel habillage de la culture d'entreprise. Ganni montre la voie ; reste à voir qui suivra, et avec quelles intentions. Le bureau se réinvente aussi côté fiction, avec Severance, et côté cuisine, avec les repas à la plaque. À suivre, déjeuner après déjeuner.
Crédit : Josefine Stenersen
Publié le par Le Filtre