Le Filtre

Société

Violences conjugales : reconnaître les signaux d'alerte et savoir réagir

Les violences conjugales ne commencent pas forcément par un coup. Elles s'installent souvent par étapes, ce qui les rend difficiles à nommer quand on les vit. Voici les repères pour les reconnaître, et les numéros à garder à portée de main.

Violences conjugales : reconnaître les signaux d'alerte et savoir réagir

En cas de danger immédiat, on appelle le 17 ou le 112. Si parler est impossible, un SMS au 114 suffit. Pour en parler, le 3919 répond jour et nuit, gratuitement et anonymement.

Un phénomène massif, et en grande partie silencieux

Selon l'enquête VRS du service statistique du ministère de l'Intérieur (SSMSI), environ 376 000 femmes majeures ont déclaré avoir subi en 2023 des violences physiques, sexuelles, verbales ou psychologiques de la part d'un conjoint ou d'un ex-conjoint. Les trois quarts d'entre elles évoquent des violences verbales ou psychologiques. Ces chiffres sont rassemblés dans la lettre de novembre 2025 de l'Observatoire national des violences faites aux femmes.

En 2024, police et gendarmerie ont enregistré quelque 228 000 femmes victimes de violences au sein du couple, soit 84 % des victimes. Et 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2024, contre 96 l'année précédente, d'après l'étude nationale sur les morts violentes au sein du couple, rapportée par Public Sénat.

Des violences qui ne laissent pas toujours de traces

La loi ne se limite pas aux coups. Service-public.fr distingue quatre formes de violences conjugales : physiques, sexuelles, psychologiques et économiques. Les violences psychologiques regroupent les comportements qui visent à rabaisser ou à dénigrer. Les violences économiques consistent à priver l'autre de son autonomie financière, par exemple en contrôlant les ressources du couple.

Ce qui brouille les repères, c'est le rythme. Un guide gouvernemental destiné aux professionnels, publié sur arretonslesviolences.gouv.fr, décrit un cycle : la tension monte, la violence éclate, puis vient une phase de rémission où l'auteur minimise les faits et promet que cela ne se reproduira pas. Plus le cycle se répète, plus ces « lunes de miel » raccourcissent et plus l'emprise se resserre. La victime finit souvent par se croire responsable.

Quelques signaux méritent donc d'être pris au sérieux, même isolés : des critiques constantes qui font douter de soi, un partenaire qui contrôle les faits et gestes, l'argent du couple qui devient inaccessible, des excuses suivies d'une nouvelle explosion. Personne n'a besoin d'attendre « quelque chose de plus grave » pour en parler.

Partir se prépare, et ne se fait pas seule

La question « pourquoi elle ne part pas ? » oublie une réalité documentée. Dans l'étude nationale sur les morts violentes au sein du couple, la dispute et la séparation non acceptée restent les principales raisons du passage à l'acte. Près de la moitié des femmes tuées en 2024 (47 %) avaient déjà subi des violences de la part de leur meurtrier, toujours selon Public Sénat.

Le départ se prépare donc avec des professionnels, et le droit prévoit des protections. Selon service-public.fr, le juge aux affaires familiales peut délivrer en urgence une ordonnance de protection, même sans plainte préalable, valable douze mois : elle peut interdire à l'auteur d'entrer en contact avec la victime ou de paraître à son domicile. Dans les cas les plus graves, le procureur peut attribuer un téléphone grave danger à une victime qui ne vit plus avec l'auteur, et un bracelet anti-rapprochement peut être ordonné par un juge. Une aide financière d'urgence peut aussi être demandée à la CAF ou à la MSA, sous conditions, précise info.gouv.fr.

Les numéros et les démarches, vérifiés en octobre 2026

Le 3919 (Violences Femmes Info) est ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. L'appel est gratuit et anonyme, et il n'apparaît pas sur les factures de téléphone. En revanche, ce n'est pas un numéro d'urgence.

Le 17 et le 112 sont les numéros d'urgence, joignables gratuitement, même depuis un téléphone verrouillé ou sans crédit, selon info.gouv.fr.

Le 114 reçoit gratuitement les SMS 24 heures sur 24, par exemple quand l'auteur se trouve dans la même pièce. Il faut indiquer son nom, son adresse précise et le motif de l'alerte.

Le signalement en ligne, accessible depuis arretonslesviolences.gouv.fr, permet d'échanger par tchat, 24 heures sur 24 et de façon anonyme, avec un policier ou un gendarme formé, précise info.gouv.fr. Un signalement n'est pas une plainte. Le même site explique comment effacer ses traces de navigation et recense les associations près de chez soi.

La plainte peut être déposée dans le commissariat ou la brigade de gendarmerie de son choix, ou par courrier au procureur de la République. En cas de refus, il est possible de saisir l'IGPN ou l'IGGN, rappelle service-public.fr. Pour un accompagnement juridique, les CIDFF (centres d'information sur les droits des femmes et des familles) et France Victimes (116 006, tous les jours de 9 heures à 20 heures) sont là.

Les proches et les témoins peuvent eux aussi appeler le 3919 ou utiliser le tchat de signalement, qui leur sont ouverts. Le guide gouvernemental conseille par ailleurs aux professionnels de recueillir les témoignages de l'entourage par écrit, datés, signés et accompagnés d'une copie de la pièce d'identité de leur auteur.

Pas besoin d'être sûre de ce qu'on vit pour composer le 3919.

Sources : Observatoire national des violences faites aux femmes (Miprof, novembre 2025), service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), étude nationale sur les morts violentes au sein du couple 2024 (ministère de l'Intérieur), service-public.fr, info.gouv.fr, arretonslesviolences.gouv.fr.

Publié le

À lire aussi sur Le Filtre