Beauté & Wellness
Quel actif skincare pour quel problème de peau ? Ce que disent les dermatologues
Niacinamide, rétinol, acide azaélaïque, vitamine C : le rayon skincare ressemble à un cours de chimie en accéléré. Pour s'y retrouver, une bonne méthode consiste à partir du problème de peau, puis à regarder ce que les recommandations médicales et les études disent vraiment de chaque actif.
Un sérum pour les pores, un autre pour l'éclat, un troisième « anti-âge », et un quatrième pour calmer les dégâts des trois premiers. La routine en dix étapes a ses adeptes. Sauf que, problème par problème, la liste des actifs qui reposent sur des données solides est plus courte qu'on ne le croit, et certains d'entre eux ne sont même pas des cosmétiques.
Acné : les actifs qui marchent sont souvent des médicaments
Pour l'acné, un bon point de départ est la recommandation de la Société française de dermatologie (2015, avec le label de la Haute Autorité de santé). Les traitements locaux de base y sont le peroxyde de benzoyle (à 2,5, 5 ou 10 %), les rétinoïdes (trétinoïne à 0,025 ou 0,05 %, adapalène à 0,1 %) et l'acide azaélaïque (15 ou 20 %), seuls ou associés. Les antibiotiques locaux y voient leur rôle nettement réduit, en raison d'une efficacité modeste et du risque de résistance.
Ce sont des médicaments, à voir avec un médecin. Seules certaines formes faiblement dosées de peroxyde de benzoyle s'obtiennent sans ordonnance, précise le Vidal, qui rappelle aussi qu'il faut de la patience : les premiers effets apparaissent souvent après quatre à six semaines, et le traitement se poursuit six à douze mois. Le peroxyde de benzoyle peut provoquer des réactions de photosensibilisation et décolorer le linge. Quant aux rétinoïdes appliqués sur la peau, ils sont contre-indiqués pendant la grossesse ou en cas de projet de grossesse, selon l'ANSM.
Une idée reçue au passage : rétinoïde et peroxyde de benzoyle ne s'annulent pas forcément. La SFD prévoit précisément l'association adapalène 0,1 % et peroxyde de benzoyle 2,5 %, qui existe en un seul gel. L'acide salicylique, star des rayons « peau à imperfections », n'apparaît pas dans ces recommandations. Et les lotions alcoolisées sont déconseillées, car « inefficaces et parfois irritants et/ou sensibilisants », selon les recommandations de l'Afssaps (l'actuelle ANSM) de 2007.
Taches et teint terne : niacinamide et vitamine C
Côté cosmétiques, la niacinamide (vitamine B3) a de vraies données. Un essai randomisé de 2004 a appliqué une crème à 5 % de niacinamide sur une moitié du visage de 50 femmes de 40 à 60 ans, pendant douze semaines : moins de taches, de rougeurs, de ridules et de teint jaunâtre que du côté témoin. Une étude de 2002 a observé, en laboratoire, qu'elle freine le transfert du pigment vers les cellules de surface, et une baisse de l'hyperpigmentation après quatre semaines chez 18 volontaires. Bémol : les échantillons sont petits, et le premier auteur de l'essai de 2004, qui signe aussi l'étude de 2002, est affilié à Procter & Gamble.
La vitamine C est un antioxydant puissant, utile en application locale contre le photovieillissement et l'hyperpigmentation, selon une revue de 2013 de l'Indian Dermatology Online Journal. Elle a un défaut : son instabilité, qui complique sa formulation.
Rides et ridules : le soleil avant tout, les rétinoïdes ensuite
Le premier actif anti-rides reste la protection solaire. Une étude de 2013, menée sur 298 femmes et dont la moitié des auteurs travaillent chez L'Oréal, estime que les UV semblent responsables de 80 % des signes visibles du vieillissement du visage.
Viennent ensuite les rétinoïdes. La trétinoïne est probablement la plus puissante et la plus étudiée contre le photovieillissement, selon une revue de 2006 de Clinical Interventions in Aging, mais aussi la plus irritante. Le rétinol et le rétinaldéhyde des cosmétiques sont nettement mieux tolérés. Depuis le 1er novembre 2025, le rétinol est limité à 0,3 % d'équivalent rétinol dans les cosmétiques par le règlement européen 2024/996, avec la mention « Contient de la vitamine A ».
Peau qui tiraille : l'hydratation n'est pas un accessoire
Une peau qui tiraille peut aussi être une peau à qui l'on en demande trop. La revue de 2006 note que brûlures et desquamation font partie des raisons qui poussent à abandonner les rétinoïdes. Les recommandations de 2007 sur l'acné conseillent d'ailleurs une crème hydratante quotidienne, adaptée à la peau acnéique, précisément pour mieux tolérer les traitements, et une toilette avec des gels ou pains sans savon.
Reste à se méfier des étiquettes trop enthousiastes. La DGCCRF rappelle qu'un ingrédient mis en avant doit être présent à une dose « plus que symbolique » et qu'une promesse d'effet doit être prouvée sur le produit fini. Un actif en gros sur le flacon et en fin de liste d'ingrédients mérite donc un second regard.
En cas d'acné qui s'installe, de taches qui changent ou de peau qui réagit à tout, un dermatologue fera mieux qu'une étagère entière. Et coûtera parfois moins cher.
Sources : Société française de dermatologie (recommandations acné 2015, label HAS), Afssaps (recommandations acné 2007), Vidal, ANSM, essais Bissett et al. (2004) et Hakozaki et al. (2002), revue Telang (2013), étude Flament et al. (2013), revue Mukherjee et al. (2006), règlement (UE) 2024/996, DGCCRF.
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