Success Story
Les entrepreneuses les plus intrigantes de 2024
Entrepreneuses 2024 : la liste Inc. de 250 fondatrices dévoile Sarah Lee (Glow Recipe), Terviva, Piemont Bank et Wondermind de Selena Gomez. Au-delà du palmarès, c'est une cartographie économique qui se dessine, dans des secteurs où les femmes percent malgré un capital encore déséquilibré.
Inc. publie sa liste, et la lecture est moins lisse qu'on croit
Inc. Magazine publie chaque année une sélection des fondatrices les plus intrigantes de l'année. Les têtes d'affiche y figurent, dont Sarah Lee à la tête de la marque skincare Glow Recipe, dont la croissance a été particulièrement remarquée ces dernières années. Terviva, boîte tech-agricole basée à Oakland, transforme le pongamia (plante climato-résiliente) en biocarburant. La fondatrice de Piemont Bank, néobanque dédiée aux ouvrières du secteur agricole, a perforé un marché jugé impossible. Et Wondermind, plateforme santé mentale développée par Selena Gomez avec sa mère, a passé le cap du million d'abonnées payantes. Pas anodin que la liste Inc. ait choisi cette année des fondatrices qui se sont imposées dans des contextes économiques durcis. Le critère retenu n'est plus la croissance pure, mais la résistance à la tempête.
Pourquoi les fondatrices percent dans les marchés que les hommes désertent
Le pattern se confirme. Les rapports McKinsey et Pew Research documentent depuis plusieurs années que les femmes fondent une part croissante des nouvelles entreprises américaines dans la santé, l'éducation et l'agroalimentaire de mission. Plusieurs sociologues, dont Sarah Soule à Stanford, expliquent que les femmes entrent dans les marchés à mission parce qu'elles y obtiennent un capital plus facilement que dans les secteurs masculins, mais aussi parce qu'elles sont plus exposées aux problématiques que ces marchés résolvent. Plusieurs études INSEAD montrent que les start-up co-fondées par au moins une femme ont des chances de survie supérieures à celles fondées par des équipes 100% masculines. Ce qui frappe, c'est que la liste Inc. n'est plus une liste de 'success stories féminines' au sens de 1990, c'est une cartographie économique. Les entrepreneuses ne sont pas une exception, elles dessinent les marchés émergents.
Le revers : être sur la liste Inc., ce n'est pas être financée comme un homme
Le paradoxe est là. Pendant que les fondatrices percent, l'écart de financement reste massif. Selon plusieurs rapports PitchBook relayés par la presse économique, les start-up dirigées par des femmes recueillent encore une part très faible du venture capital mondial, un chiffre qui stagne depuis plusieurs années. Les listes comme celle d'Inc. mettent en lumière des trajectoires individuelles spectaculaires sans changer cette structure. Les voix du venture capital reconnaissent qu'on continue à célébrer les exceptions parce qu'on ne sait pas comment résoudre le déséquilibre systémique. Ce qui coince, c'est que la visibilité ne crée pas le capital. Elle crée du contenu inspirant, qui peut même servir d'alibi à la lenteur des changements structurels. Reste à voir si les fonds ESG et les nouvelles obligations européennes de reporting genré modifieront vraiment la mécanique d'allocation.
Ce que la prochaine génération de fondatrices va devoir négocier
Plusieurs estimations Goldman Sachs anticipent que les femmes contrôleront une part croissante du patrimoine mondial des hauts revenus dans les prochaines années. Ce qui se construit là dépasse les listes : c'est la transition des fondatrices du statut de récipiendaires de capital vers celui d'allocatrices de capital. La filiation se voit avec Fidji Simo, nouvelle DG d'OpenAI, qui a investi dans plusieurs fondatrices ces dernières années. Côté media et culture, l'écho avec Meredith Kopit Levien à la tête du New York Times tient : la même cohorte qui occupe les sommets. Question ouverte : à quelle échéance les listes annuelles de 'fondatrices intrigantes' deviendront-elles obsolètes parce que la parité s'est installée ?
Crédit : Inc
Publié le par Le Filtre