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Le futur de la fertilité

Futur fertilité : la startup Conception industrialise les gamètes artificiels à partir de cellules souches. D'ici 2050 selon Henry Greely à Stanford, faire des enfants par voie sexuelle pourrait devenir l'exception. Décryptage d'une révolution annoncée qui bouscule l'éthique et le marché.

Le futur de la fertilité

Une startup et un livre annoncent la fin du sexe pour faire des bébés

En 2016, le professeur Henry Greely, juriste et bioéthicien à Stanford, publiait The End of Sex and the Future of Human Reproduction. Sa thèse : à l'horizon des prochaines décennies, faire des enfants par voie sexuelle pourrait devenir l'exception, pas la règle. La majorité des couples passeraient par des cliniques pour produire des gamètes en laboratoire à partir de cellules souches. Plusieurs années plus tard, la startup américaine Conception, basée à Berkeley, est l'une des premières à industrialiser cette technologie d'in vitro gametogenesis (IVG). Une première souris née de gamètes produits à partir de cellules de deux pères biologiques a été documentée par les chercheurs japonais Mitinori Saitou et Katsuhiko Hayashi à l'Université de Kyoto. Pas anodin que la communauté scientifique parle déjà de l'IVG comme du prochain choc démographique. Couples de même sexe, femmes ménopausées, personnes infertiles, tous concernés.

Comment ça marche, et pourquoi ce n'est pas la science-fiction

Le principe technique est documenté. Une cellule somatique adulte (un prélèvement sanguin, par exemple) est reprogrammée en cellule souche pluripotente, puis différenciée in vitro en gamète (ovule ou spermatozoïde). Les chercheurs japonais Saitou et Hayashi ont obtenu en laboratoire la première souris vivante issue de cellules souches reprogrammées. Le pas humain reste à franchir, mais Conception et plusieurs équipes scientifiques annoncent des essais cliniques humains à un horizon proche. Plusieurs revues spécialisées (notamment MIT Technology Review) ont relayé les avancées de Conception, qui défend que l'objectif n'est pas de convaincre tout le monde que c'est la meilleure manière de se reproduire, mais de donner une nouvelle option à ceux qui ne peuvent pas avoir d'enfants. La presse internationale (Guardian, Le Monde) note que les dirigeants de cliniques de fertilité européennes considèrent désormais l'IVG comme une perspective sérieuse à moyen terme. Ce qui frappe, c'est l'avance asiatique : la Corée du Sud et le Japon investissent massivement, là où l'Europe avance plus prudemment.

Les questions éthiques : qui aura accès, et qui choisit pour qui ?

Le paradoxe est là. La promesse de Conception, c'est l'égalité d'accès à la parentalité biologique. La réalité économique, c'est que la première vague de cliniques pratiquera des tarifs proches des FIV haut de gamme actuelles, soit plusieurs dizaines de milliers d'euros par cycle. La sociologue Eva Illouz alerte régulièrement sur le risque que les biotechnologies de pointe creusent un écart générationnel et économique majeur, en distinguant ceux qui pourront sélectionner les caractéristiques de leur enfant et ceux qui devront accepter le hasard. Ce qui coince, c'est que la frontière entre 'corriger une infertilité' et 'choisir une caractéristique' est juridiquement floue. Plusieurs reportages presse documentent l'existence de pratiques de 'designer babies' déjà commercialisées dans certains pays hors de toute supervision européenne. Reste à voir si l'Europe légifèrera avant ou après la mise sur le marché.

Ce que la suite va exiger des États, des cliniques et des familles

Le marché mondial de la procréation assistée se chiffre désormais en dizaines de milliards de dollars et continue de croître. La France et l'Allemagne figurent parmi les rares grandes puissances européennes à avoir entamé une révision de leur cadre bioéthique pour anticiper l'IVG. Le débat parlementaire français sur ces questions est attendu et divise déjà les sensibilités politiques. La logique d'observation longue durée fait écho à d'autres terrains de santé féminine, comme pourquoi l'État va envoyer une lettre aux Françaises de 29 ans, où la prévention précoce devient politique publique. Et côté santé mentale, l'écho avec comment booster votre cerveau tient sur le fond : la science avance sur des terrains qu'on croyait verrouillés. Question ouverte : combien d'années avant que naître hors d'un labo devienne, statistiquement, l'exception culturelle ?

Crédit : Ka Young Lee

Publié le par Le Filtre

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