She did it
Indra Nooyi, l'ex CEO de PepsiCo
Indra Nooyi PepsiCo : douze ans à la direction, vingt-quatre ans dans le groupe, et un design thinking qui a doublé le CA. Sa trajectoire mêle leçons de Steve Jobs, posture assumée et investissement post-mandat dans la deuxième vague de leadership féminin tech et health.
Vingt-quatre ans chez PepsiCo, douze à la tête, et un design thinking qu'on n'oubliera pas
Indra Nooyi a passé vingt-quatre ans chez PepsiCo, dont douze au poste de CEO entre 2006 et 2018. Sous sa direction, le groupe a doublé son chiffre d'affaires et a opéré l'un des virages stratégiques les plus commentés de l'industrie agroalimentaire : intégrer le design thinking au cœur du développement produit. La presse économique l'a régulièrement qualifiée de CEO ayant le plus transformé l'identité produit d'un géant du Fortune 500 dans les années 2010. Aujourd'hui retraitée de PepsiCo, elle figure parmi les femmes les plus influentes du monde des affaires américain. Pas anodin que sa reconnaissance médiatique reste plus discrète que celle de pairs masculins, alors que sa trajectoire est l'une des plus documentées en case studies dans les écoles de commerce mondiales.
Trois leçons de Steve Jobs, et ce qu'elle en a vraiment fait
Indra Nooyi raconte dans son autobiographie My Life in Full (Penguin, 2021) une rencontre précoce avec Steve Jobs, dont elle dit avoir retenu trois leçons. Rester fidèle à sa propre vision, plutôt que de s'aligner sur ce que le monde extérieur attend. Penser à l'héritage qu'on veut laisser à une entreprise, dès le premier jour. Et ne pas hésiter à 'être méchant de temps en temps'. La troisième a fait des vagues dans la presse anglo-saxonne, plusieurs analyses soulignant qu'elle assumait, à un poste où la pression sur le sourire est immense pour les femmes dirigeantes. Plusieurs sociologues du travail (notamment Joan Williams à UC Hastings) documentent depuis longtemps que ce 'permis d'être méchant' représente un coût social plus élevé pour les femmes que pour les hommes. Indra Nooyi est l'une des rares dirigeantes ayant publiquement parlé de cette dimension émotionnelle du leadership.
Le revers : être l'icône, ce n'est pas être seule à pouvoir l'être
Le paradoxe est là. Indra Nooyi a passé sa carrière à tenir le poste de 'la femme CEO' chez PepsiCo, puis à siéger dans plusieurs conseils d'administration depuis sa retraite. Mais l'écosystème qui l'a portée n'a pas systématiquement reproduit ses conditions d'accès. Les rapports McKinsey Women in the Workplace documentent depuis des années que la part de femmes parmi les CEO du Fortune 500 stagne à un niveau bas, malgré une attention médiatique croissante. Le paradoxe est d'autant plus brutal que la science documente précisément l'inverse, comme le rappelle le pic cognitif féminin entre 55 et 60 ans. Ce qui coince, c'est que la trajectoire d'Indra Nooyi est citée comme preuve qu'on peut y arriver, alors que les conditions structurelles qui l'ont portée (immigration, parents lettrés, réseau Yale) ne sont pas reproductibles à l'échelle. Elle-même l'a souligné publiquement à plusieurs reprises : son histoire ne devrait pas rester exceptionnelle.
Ce que sa nouvelle vie d'investisseuse et de mentor dit de la suite
Depuis 2018, Indra Nooyi a investi dans plusieurs start-up dirigées par des femmes ou minorités, principalement dans les secteurs deeptech et health-tech. Elle siège dans plusieurs conseils d'administration et fondations. Plusieurs analyses la qualifient de figure pivot de la deuxième vague de leadership féminin tech. La filiation se voit avec Fidji Simo, nouvelle DG d'OpenAI, qui appartient à la génération suivante. Côté presse, l'écho avec Meredith Kopit Levien à la tête du New York Times tient : la même génération qui prend le relais. Reste à voir si l'effet Nooyi se diffusera vraiment dans les conseils d'administration européens, où sa présence reste anecdotique. Question ouverte : combien d'Indra Nooyi en silence aujourd'hui, faute de mentor, dans les couloirs des grandes entreprises ?
Crédit : Roland Berger
Publié le par Le Filtre