Beauté & Wellness
Clean beauty : les ingrédients cosmétiques à bannir, vraiment ?
Les listes d'ingrédients « toxiques » circulent sur les réseaux plus vite que les avis des autorités sanitaires. Certaines substances ont bel et bien été interdites ou limitées en Europe. D'autres sont surtout victimes de leur mauvaise réputation.
Une capture d'écran partagée en story, douze noms imprononçables barrés de rouge, et voilà la moitié de la salle de bains suspecte. La clean beauty a prospéré sur cette inquiétude. Sauf que, pour savoir quoi éviter, il est plus utile de regarder ce que la réglementation a réellement décidé que ce que promettent les étiquettes.
« Clean », un mot que la loi ne reconnaît pas
Premier constat : « clean » n'a aucune définition officielle. Lors de ses contrôles de 2021, la DGCCRF a relevé parmi les mentions contraires à la réglementation « formulation clean », « zéro substance controversée », « sans parabènes » ou « sans perturbateurs endocriniens ». Sur 336 établissements contrôlés pour leurs allégations « sans », 40 % présentaient au moins une anomalie.
En octobre 2025, la DGCCRF et l'ANSM ont précisé les règles. « Sans perturbateurs endocriniens » est jugé inacceptable, faute de définition officielle du terme. « Sans parabènes » et « sans phtalates » devraient disparaître, car ils visent des familles entières alors que certaines de ces substances sont autorisées. À l'inverse, « sans silicones », « sans tensio-actifs sulfatés » ou « sans huiles minérales » sont tolérés s'ils apportent une information utile. Une allégation « sans » est donc d'abord un argument de vente.
Ce que l'Europe a réellement interdit ou limité
Les parabènes, d'abord. En 2014, l'Union européenne a interdit cinq d'entre eux (isopropyl-, isobutyl-, phényl-, benzyl- et pentylparabène), faute de données suffisantes pour évaluer leurs risques. Le propylparabène et le butylparabène sont interdits depuis avril 2015 dans les produits sans rinçage destinés au siège des enfants de moins de trois ans, rappelle une réponse ministérielle de 2016. Les autres parabènes restent autorisés, dans les limites fixées par la réglementation : c'est précisément pour cela que la DGCCRF juge trompeur le « sans parabènes ».
Les filtres UV ensuite. La benzophénone-3 (oxybenzone) est limitée depuis 2022 à 6 % dans les produits pour le visage et à 2,2 % pour le corps, après des préoccupations sur ses possibles effets de perturbateur endocrinien, avec la mention « contient de la benzophenone-3 » (règlement 2022/1176). Le 4-MBC est, lui, interdit : le comité scientifique a relevé des effets perturbateurs sur la thyroïde et le système oestrogénique et n'a pas pu fixer de dose sûre. Il ne peut plus être vendu depuis mai 2026.
Les libérateurs de formaldéhyde, ces conservateurs qui relâchent peu à peu du formaldéhyde, classé sensibilisant cutané. Depuis un règlement de 2022, tout produit qui en libère plus de 0,001 % doit porter la mention « libère du formaldéhyde », pour informer les personnes sensibles à cette substance. Les produits conformes aux anciennes règles pouvaient encore être vendus jusqu'au 31 juillet 2026.
Les siloxanes cycliques D4, D5 et D6 enfin. Le D4 et le D5 sont limités à 0,1 % dans les cosmétiques rincés depuis 2020, et un règlement de 2024, pris dans le cadre de REACH, étend cette limite au D4, au D5 et au D6 dans les autres cosmétiques à partir du 6 juin 2027. Le motif est environnemental : ces substances sont très persistantes et s'accumulent dans les organismes vivants.
Ceux qu'on accuse un peu vite
Ce texte ne vise que ces trois siloxanes : la diméthicone, par exemple, n'y est pas citée. Le comparateur d'ingrédients de Que Choisir la classe d'ailleurs en « aucun risque identifié à ce jour ». La paraffine et le sodium laureth sulfate sont des substances autorisées : la DGCCRF demande d'éviter « sans paraffine » ou « sans sodium laureth sulfate », qui les dénigrent alors que chacune peut vérifier la liste des ingrédients.
L'alcool est un cas à part. « Sans alcool » fait partie des mentions tolérées, et pour les peaux acnéiques, les produits alcoolisés sont déconseillés, car « inefficaces et parfois irritants et/ou sensibilisants », selon les recommandations de l'Afssaps de 2007. Irritant pour certaines peaux ne veut pas dire dangereux pour toutes.
Lire une étiquette sans paniquer
Plutôt qu'une liste noire, quelques réflexes. Repérer les mentions obligatoires (« libère du formaldéhyde », « contient de la benzophenone-3 ») si l'on est allergique ou que l'on préfère s'en passer. Utiliser les comparateurs en regardant à qui s'adresse la note : celui de Que Choisir, par exemple, évalue chaque ingrédient séparément selon le public (tout-petits, femmes enceintes, enfants et adolescents, adultes), et un ingrédient déconseillé pour un bébé ne l'est pas forcément pour une adulte. Et en cas de grossesse ou de réaction cutanée, demander conseil à un médecin ou un pharmacien.
La salle de bains n'a pas besoin d'être vidée. Elle mérite juste d'être lue.
Sources : DGCCRF et ANSM (allégations « sans », 2023 et 2025), règlements (UE) n° 358/2014, 2022/1176, 2022/1181, 2024/996 et 2024/1328, Assemblée nationale (réponse ministérielle 2016), Que Choisir, Afssaps (recommandations acné 2007).
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