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Bye bye l'iconique escalier de Carrie Bradshaw

Escalier Carrie Bradshaw : la propriétaire du 66 Perry Street à Manhattan a obtenu le feu vert pour installer une grille devant l'escalier le plus instagrammable de Sex and the City. Vingt-sept ans plus tard, la série qui a iconisé le West Village finit par chasser ses propres fans du trottoir.

Bye bye l'iconique escalier de Carrie Bradshaw

Le brownstone le plus instagrammable de Manhattan met une grille

Le 66 Perry Street, au cœur du West Village, est l'adresse fictive de Carrie Bradshaw dans Sex and the City. Depuis 1998, des millions de fans ont posé sur son escalier en grès brun pour la photo souvenir. La propriétaire actuelle, qui n'a jamais été liée à la production, a obtenu de la mairie de New York le feu vert pour installer une grille devant l'escalier. La selfie reste possible depuis le trottoir, mais l'accès aux marches devient impossible. La presse new-yorkaise a relayé l'événement comme la fin d'une époque où Internet pouvait littéralement venir sonner à votre porte. Pas anodin qu'un détail architectural mineur d'une série télé devienne, vingt-sept ans plus tard, un sujet d'urbanisme.

Pourquoi le tourisme média fatigue les habitants, et ce que les villes commencent à faire

Le phénomène a un nom : set jet tourism. Plusieurs longs formats presse documentent la pollution touristique des décors de fiction : les escaliers de Joker à South Bronx, le restaurant When Harry Met Sally (Katz's Deli), les rues de Friends à West Village. La sociologue urbaine Sharon Zukin, à CUNY, défend depuis longtemps l'idée que l'icônisation d'un lieu par une fiction transforme un quartier résidentiel en zone touristique sans que ses habitants n'aient signé pour ça. New York a commencé à légiférer ces dernières années : les propriétaires de brownstones reconnus comme spots Instagram peuvent désormais demander l'installation de grilles ou de panneaux 'no trespassing'. Plusieurs analyses presse pointent que des dizaines de brownstones de Manhattan ont fait cette demande depuis l'autorisation. Ce qui frappe, c'est que la fiction des années 90 produit un dommage urbain documenté aujourd'hui.

Le revers : sanctuariser un décor, c'est aussi accepter sa fin culturelle

Le paradoxe est là. La grille de Perry Street protège la propriétaire, mais elle marque aussi la fin d'une certaine accessibilité culturelle. Sarah Jessica Parker elle-même a exprimé dans la presse mode des sentiments mêlés sur cette évolution : cet escalier appartenait à des millions de fans qui ont fait Sex and the City ce qu'elle est devenue, c'est triste qu'il devienne un musée derrière vitrine. La critique culturelle Naomi Fry, dans le New Yorker, a écrit ces dernières années sur ce phénomène d'iconisation puis de protection contre les fans. Ce qui coince, c'est que l'engouement n'a pas faibli (la diffusion de And Just Like That maintient la demande), mais que les habitants ne supportent plus le bruit, les déchets, les selfies à toute heure. Reste à voir si New York va continuer à griller au coup par coup, ou installer une politique globale de gestion des set jet sites.

Ce que la grille de Perry Street annonce pour les autres décors iconiques

D'autres villes regardent. Paris a annoncé une étude sur la régulation des décors Emily in Paris (l'appartement de la rue Saint-Roch reçoit un flux quotidien important de visiteurs). Londres a déjà fermé 221b Baker Street depuis longtemps, mais relance une réflexion sur les décors de Notting Hill et Bridgerton. Plusieurs analyses presse notent que ce phénomène crée un nouveau métier de gestion de flux touristiques sur les décors fictionnels. La filiation se voit avec Emilie Sundberg, la nouvelle Carrie Bradshaw, même héritage qui se transmet entre générations d'icônes new-yorkaises. Et côté événements culturels, l'écho avec le Met Gala s'invite au Louvre tient sur le fond : l'iconisation traverse les frontières et les époques. Question ouverte : combien d'années avant qu'un décor TikTok contemporain (un café Pinterest-friendly à Brooklyn, par exemple) connaisse le même destin ?

Publié le par Le Filtre

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