Voyage
Voyager éco-responsable : le tourisme durable, sans culpabilité ni greenwashing
On attend les vacances toute l'année, et on aimerait ne pas les passer à compter ses kilos de CO2. Entre messages culpabilisants et hôtels « green » qui se contentent de ne plus changer les serviettes, difficile de savoir ce qui pèse vraiment. Les chiffres, eux, sont assez clairs.
Le tourisme n'est pas un détail dans le bilan climat. Selon un bilan de l'ADEME repris par le ministère de l'Économie, il représentait en 2022 11 % des émissions de gaz à effet de serre de la France, soit 97 millions de tonnes d'équivalent CO2. À l'échelle mondiale, une étude publiée en 2018 dans Nature Climate Change, sur des données de 2009 à 2013, l'estimait à 8 %, rapportait Reporterre. Sauf qu'un pourcentage national ne dit pas grand-chose de nos propres valises.
Le trajet pèse plus lourd que tout le reste
Dans le bilan de l'ADEME, le transport compte pour près de 70 % des émissions du tourisme, surtout les allers-retours entre la maison et le lieu de vacances. Autrement dit, le choix du train ou de l'avion compte plus que la marque du gel douche de l'hôtel.
L'écart entre les deux est vertigineux. Selon le comparateur Impact CO2 de l'ADEME, 1 000 kilomètres en avion (trajet court) représentent environ 224 kg d'équivalent CO2, contre 2,3 kg en TGV. L'agence donne aussi un exemple concret sur son site Agir pour la transition : un Paris-Turin aller-retour émet environ 152 kg d'équivalent CO2 par personne en avion, contre 3,3 kg en TGV.
Le long-courrier n'échappe pas à l'addition. Toujours selon Impact CO2, un vol de 5 800 kilomètres pèse environ 1 030 kg d'équivalent CO2, soit une tonne pour un aller simple. Au kilomètre, les vols courts restent pourtant les plus émetteurs : 224 kg pour 1 000 km, contre environ 178 kg en moyenne sur ce long-courrier.
Et le CO2 n'est qu'une partie du sujet : les traînées de condensation, ces lignes blanches laissées dans le ciel, pèsent elles aussi sur le climat, et la recherche continue d'en mesurer l'ampleur.
La France a d'ailleurs commencé à trancher sur les trajets les plus courts. Depuis le décret publié au Journal officiel en mai 2023, les vols entre Paris-Orly et Nantes, Lyon ou Bordeaux sont interdits, car une alternative en train de moins de 2 h 30 existe, selon L'Info Durable. Les vols en correspondance ne sont pas concernés.
Des labels qui existent vraiment, à condition de savoir les lire
Côté hébergement, deux labels reposent sur des critères vérifiés. La Clef Verte est un label volontaire ouvert aux hôtels, campings, gîtes ou auberges de jeunesse. Ses critères portent sur la gestion de l'eau, de l'énergie et des déchets, les achats responsables et la sensibilisation à l'environnement, détaille l'Office de tourisme de Paris. Coordonné en France par l'association Teragir, il comptait 2 428 établissements labellisés dans l'Hexagone en 2025, et environ 6 700 dans 77 pays, selon L'Écho touristique.
L'Écolabel européen couvre aussi les hébergements touristiques. En France, l'ADEME accompagne cette politique et le label est délivré par des organismes accrédités par le Cofrac, précise data.gouv.fr, qui publie la liste des établissements concernés, mise à jour chaque mois.
Un logo vérifié vaut mieux qu'un « eco-friendly » écrit en vert sur la porte de la salle de bain.
La compensation carbone, un complément et pas une absolution
Payer pour « compenser » son vol est tentant. L'ADEME, dans son guide sur la compensation volontaire publié avec le Geres en 2022, rappelle que la priorité reste d'éviter et de réduire ses émissions, et que la compensation ne concerne que ce qui reste. Elle conseille de parler de « contribution » plutôt que de neutralité, et met en garde contre les formules « 100 % compensé » ou « zéro impact carbone », qui risquent de relever du greenwashing.
Pour juger un projet, le guide liste cinq critères : additionnalité (il n'existerait pas sans ce financement), mesurabilité, permanence, unicité (un crédit n'est vendu qu'une fois), et enfin transparence et vérifiabilité. Il cite les labels indépendants Gold Standard et Verra, ainsi que le Label Bas-Carbone, créé en 2018 par le ministère de la Transition écologique pour des projets situés en France.
Le slow travel, ou l'art de bouger moins pour voir mieux
Reste la piste la moins spectaculaire : partir moins souvent, mais plus longtemps, et privilégier le train pour rejoindre sa destination. Pour comparer deux options, le calcul se fait en deux minutes sur le simulateur Impact CO2.
Sur place, dormir chez de petits hébergeurs indépendants, manger dans les restaurants du coin et circuler à pied ou à vélo font partie des gestes les plus simples. Pas besoin de cocher toutes les cases pour bien faire.
Le voyage parfait n'existe pas. Le voyage un peu mieux pensé, si.
Sources : ADEME (Impact CO2, Agir pour la transition, Librairie ADEME), ministère de l'Économie, data.gouv.fr, Office de tourisme et des congrès de Paris, Geres, L'Écho touristique, L'Info Durable, Reporterre.
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